Le monde est a Saint-Etienne
Saint-Etienne, France, 2021-2025
En 2020, pendant le second confinement, j’ai fabriqué mon Afghan box avec la conviction que le rôle de l’artiste, en tant que passeur et colporteur, est plus essentiel que jamais. Dans un monde où l’humanité semblait s’effacer peu à peu, où la distanciation physique et sociale devenait la norme, j’ai ressenti le besoin d’utiliser l’outil photographique comme un moyen de recréer du lien social.
C’est ainsi que ce travail a vu le jour et continue encore aujourd’hui, animé par l’envie de révéler la richesse sociale, souvent méconnue, de ma ville, Saint-Étienne. À travers l’objectif de mon appareil photo ambulant, ce projet propose de découvrir les habitants dans toute leur singularité et d’offrir, à travers ces portraits, une nouvelle lecture collective et inclusive de ce territoire.
Ce dispositif vise à susciter, par sa simple présence, la possibilité d’une image, tout en instaurant un rituel qui éveille le désir d’un portrait unique où le modèle se met en scène. Investir la rue, c’est aller à la rencontre de publics non acquis, sortir de l’entre-soi pour toucher des populations souvent invisibilisées et exclues du champ de l’art. C’est penser les niveaux d’engagement et de prise de distance : poser ou simplement regarder, discuter. Il s’agit de mettre en place une pédagogie sociale, basée sur la libre adhésion et sans groupe préconstitué, visant à créer un espace essentiel pour refléter et valoriser la diversité sociale.
Cet atelier mobile, capable de se déplacer vers son sujet, a pour objectif de créer l’événement. La boîte intrigue, c’est un outil fédérateur de rencontre qui permet d’établir une connexion spontanée. Le temps long de production de l’image, environ vingt minutes, est mis à profit pour tisser des liens, créer des espaces de dialogue et de partage d’expériences. C’est l’éloge de la lenteur ; le temps de la pensée et de la réflexion.
L’idée est également de renouer avec la matérialité de l’image, en s’inscrivant à contre-courant de la photographie numérique et de l’image-flux, éphémère, qui s’échange en une seconde mais finit souvent par se perdre dans les méandres d’un cloud ou d’un disque dur. Loin de cette « fast photographie », la démarche que je propose est une expérience singulière, presque primitive, qui se situe à mi-chemin entre une pratique documentaire et une approche plus ouverte et généreuse de la photographie.
Quel que soit le résultat obtenu, parfois imparfait selon les standards de l’art photographique, les tirages réalisés deviennent les objets d’une photographie populaire. Le photographe ambulant, tel un artisan, fabrique de l’intime au cœur du quotidien partagé. Il contribue à établir la photographie comme une pratique collective et ludique, tout en renforçant le lien social. En se plaçant en véritable médiateur, il incarne un transfert culturel, reliant les individus à travers une expérience artistique accessible et humaine.
Projet mené par Sandrine Binoux et Maxime Disy
Corpus de 300 photographies, prise de vue photo-ambulant
Travail en cours
Tirages argentiques, 10x15 cm